Forever Pavot

« La mode, c’est ce qui se démode » disait Cocteau. S’il est mort sans avoir pu écouter le premier album de Forever Pavot, on doit bien reconnaître au poète une prophétie : la classique opposition entre passé et futur est complètement conne. Sur ce registre, Forever Pavot s’en tire avec les honneurs. Faire du neuf avec du vieux, ou plutôt faire du beau grâce à des vieux, c’est toute l’ambition de « Rhapsode », disque où les sixties d’Ennio Morricone, Francis Lai et autres compositeurs de musiques de films trouvent enfin le chanteur qui leur manquait.
On aurait envie de décrire Emile Sornin, leader de Forever Pavot comme un artisan du solide, à la fois pro de la bidouille et démolisseur de cloisons. Ses armes, il les a faites au sein d’un premier groupe – feu Arun Tazieff – où l’envie d’être le chef d’orchestre se fait déjà sentir. Après un premier 45T « Christophe Colomb » autoproduit au printemps 2013, « distribué gratuitement avec des chocolats » puis repressé par Frantic City, l’histoire de Forever Pavot commence à prendre forme autour d’un nouveau groupe. Viendront deux autres maxis (le premier chez les Anglais de Sound of Salvation en janvier 2014, le second en avril chez Requiem pour un Twister), tous pressés à si peu d’exemplaires que déjà le mot CULTE s’écrit en gros sur le front de cet Emile aux cheveux longs.
Il y a donc un nouveau locataire dans la résidence Jean-Claude Vannier. Du genre discret, mais plutôt bruyant. Guitares fuzz, farfisa endiablées, lignes de basses mixées bien en avant dans la tradition Burgalat, parties de flutes (parties de flutes !), cavalcade de chevaux sur Miguel El Salam, « Rhapsode » c’est le grand Western d’intérieur filmé par l’ORTF, à tel point qu’on s’attend parfois à voir surgir Jean-Christophe Averty surgir de derrière une enceinte, caméra et joint dans la main. Encore une fois, l’habit ne fait pas le moine ; le nom Forever Pavot n’est pas né d’une apologie des drogues : « c’est parti d’une blague, un jour j’ai lu trop vite un “flower power” très mal écrit sur une trousse d’écolier. Ca m’a fait rire… » dit Emile.
Etre moderne, c’est être maitre de son temps. Quant au paradis d’Emile, il est évidemment pavé de bonnes intentions.